Pour répondre à une interrogation : qui a commencé ?
# Le 02-04-2010 à 10:56 par Rédacteur en Chef.
In 2011 : CENT ANS DE SCOUTISME LAÏQUE, LES E.E.D.F. AUJOURD'HUI, L'A.A.E.E. and LE RÉSEAU RAPPEEL.
...et à une discussion qui commence à apparaître
Rien n'est simple...
À partir de la création du scoutisme en Grande-Bretagne en 1907, des « expériences » diverses ont lieu en France, dans divers milieux. Chacun cherche un peu sa voie, et plusieurs vont consulter le Fondateur lui-même, qui n’a pas réponse à tout et se pose même des questions sur l’adaptation de son scoutisme aux Latins. Ce que raconte Georges Gallienne : « J’écrivis à Baden-Powell pour lui demander des renseignements sur ce qui serait viable comme organisation pour les pays latins. Il me répondit qu’il me tiendrait au courant de ce qu’on tentait en Argentine et me conseilla de prendre contact avec un prince italien qui avait essayé quelque chose en Italie et qui arrivait à Paris. Il y eut, en effet, une petite conférence chez le prince italien ».
Deux personnalités – deux Georges - se dégagent de cette période d’expérimentation : Georges Gallienne et Georges Bertier. On peut y ajouter Jacques de Marquette, moins connu car il restera, par la suite, fidèle aux Éclaireurs Français.
Georges Gallienne est un pasteur méthodiste, et les Unions Chrétiennes de Jeunes gens s’intéressent au scoutisme : l’expérience de Gallienne se situe donc dans le cadre de sa « mission populaire évangéliste », rue de l’Avre, à Paris et est destinée à l’animation de jeunes défavorisés. Mais il refuse de rejoindre les Éclaireurs Unionistes, créés par les U.C.J.G. (d’où « unionistes ») et explique ce choix quelques années après à l'occasion d'une réunion avec des responsables F.F.E. :
«Vous pouvez trouver curieux qu’un pasteur soit vice-président des E.D.F.
Les E.D.F. sont neutres, c’est-à-dire qu’ils ne donnent pas de place prépondérante à une forme de pensée sur une autre, mais leur neutralité accepte le fait religieux au même titre que tous les autres faits. Le but des E.D.F., selon Benoît, est d’unir toutes les classes, toutes les croyances, tout ce qui fait la France. Ainsi trouvons-nous dans les rangs des E.D.F. des instituteurs, des professeurs, des pasteurs même, ayant chacun leur conviction personnelle mais profondément respectueux de celles d’autrui»
Premier point d’appui donc, un pasteur qui ne veut pas rejoindre une association protestante.
Notons que la même position se trouvera, au moment de la création de la Fédération Française des Éclaireuses, de la part du foyer de la rue de Naples, d’origine protestante : ses responsables, comme celles de la Maison pour Tous de la rue Mouffetard, seront à l’origine de la création de la section « neutre » de la F.F.E.
Georges Bertier est directeur de l’école des Roches et cherche une méthode d’animation pour des jeunes plutôt fortunés ; il est catholique pratiquant, dans l’esprit du Sillon de Marc Sangnier… et l’église catholique refuse le principe même du scoutisme dans lequel elle voit un grand danger « laïcisateur » : « Leur but, celui des fondateurs du scoutisme, est d’enlever l’adolescence à l’Église catholique et de préparer des générations de futurs francs-maçons »…
Deuxième point d’appui donc, un catholique qui ne suit pas les directives de son Église…
En ce qui concerne les dates, rien n’est simple non plus : la première fédération de scoutisme, « les Éclaireurs Français, boy-scouts de France », est créée le 27 octobre 1911 dans le cadre de la Ligue d’Éducation Nationale, par une séance solennelle à la Sorbonne, présidée par le Recteur Liard de l’Académie de Paris, sous l’impulsion de Pierre de Coubertin. Nicolas Benoît, en désaccord avec Coubertin, dépose le 2 décembre 1911 les statuts d’une autre association, les Éclaireurs de France. Dans l’intervalle, en novembre, les U.C.J.G. ont décidé de créer leur propre association, les Éclaireurs Unionistes, qui va déposer ses statuts en mai 1912 tout en restant liée quelques années aux U.C.J.G.. Les Éclaireurs Français eux-mêmes déposeront un peu plus tard les statuts d’une association autonome dans le cadre de la Ligue.
Il serait dommage que 2011 soit l’occasion d’une discussion sur les origines du scoutisme : il est clair que des initiatives personnelles d’éducateurs à la recherche de méthodes en ont été les véritables « importateurs » et que plusieurs expériences se sont situées dans un cadre confessionnels, celui des U.C.J.G.. Mais l’idée dominante a bien été celle d’une ouverture à tous dans une fédération unique, bientôt rendue utopique par des divergences de vues des créateurs. Et les deux fédérations créées en 1911 ont bien été « non confessionnelles » - un peu plus tard, on parlera de « laïcité ».
Pour en savoir plus, souscrivez pour l'édition de l'ouvrage : "Cent ans de laïcité dans le scoutisme et l'éducation populaire"
