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Pour l'information de tous, l'éditorial de Jean-Marie : "Coupables d'être innocents"

Ce matin-là, Chantal avait de la peine à lire à ses élèves la lettre de Guy Moquet. Il ne s’agissait pas pour elle de remettre en cause ce symbole d’une jeunesse résistante à la barbarie et à l’injustice et cité par le premier des Français comme «un exemple non pas du passé mais de l’avenir», non ! elle ne comprenait pas, ce samedi 10 Octobre 2009...

Samedi 10 Octobre, en début d’après-midi, parallèlement au Festival «Les Expressifs», une manifestation autorisée se déroulait dans le centre-ville de Poitiers. Les participants voulaient s’opposer pacifiquement à l’ouverture de la Maison d’arrêt de Vivonne et, plus généralement, aux dérives du système carcéral. Rapidement, des individus masqués et organisés ont pris en main le rythme de cette manifestation entraînant dégradations, affrontements avec la police, provoquant la panique de la foule et mettant ainsi un terme à la manifestation initiale qui se voulait réellement pacifique et festive.

Il s’ensuivit des gardes à vue, dont un responsable du groupe EEDF de Poitiers qui avait filmé la prison, mais aussi des arrestations et condamnation de plusieurs personnes. Parmi celles-ci deux étudiants poitevins de 20 ans. Samuel et Jean-Salvy ainsi que Patrick – SDF, qui n’ont absolument pas pris part aux débordements ; ils s’en étaient vite mis en marge dès que les violences ont commencé. Ils ont été interpellés hors la manifestation dans un lieu associatif et contraints «d’avouer» une participation virtuelle sous promesse qu’ils ne feraient pas de prison. La réalité fut autre.

Plus d’un millier de Poitevins se sont retrouvés lors d’une marche impressionnante de solidarité pour demander leur libération. Ce qui fut fait dans les jours suivants pour les deux étudiants, Patrick lui, reste, il n’offre pas de garantie suffisante.

Aucun des véritables casseurs n’a été arrêté.

S’il ne nous appartient pas d’extrapoler sur les imbroglios politiciens de cette affaire, nous devons nous inquiéter de l’image que la société offre à notre jeunesse. Comment lui parler de justice, d’honnêteté, de démocratie, de droiture et de confiance dans nos institutions alors qu’on l’humilie et l’accuse sciemment à tort. Quel dégoût doit elle éprouver après avoir vu, entre autres, les Forces de l’Ordre détruire leur matériel de musique lors de l’intervention dans leur local.

Espérons qu’elle trouve dans ses engagements futurs suffisamment d’intégrité pour construire une société où la manipulation ne sera plus le metteur en scène de mauvais spectacles.

Jean-Marie Clerté